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Lettre de la présidente : mai 2013

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Mai 2013

Chers membres, parrains/marraines et sympathisants

En Europe le soleil ne nous a pas beaucoup gâtés ce printemps, alors qu’au Niger les gens soupirent sous une chaleur excessive et nous envient pour la fraîcheur dont nous nous plaignons! A défaut de températures plus clémentes, puissent ces quelques lignes, même si elles ne sont pas toutes optimistes, vous apporter au moins dans le cœur quelques rayons du soleil de là-bas…

La situation au SAHEL

Beaucoup d'évènements importants se sont produits au Mali depuis ma dernière « Lettre » : intervention de l'armée française et des armées africaines de la CEDEAO, libération des villes du Nord Mali du joug des islamistes, puis retrait d’une partie de ces armées et formation de l’armée malienne pour prendre le relais. Des élections sont prévues en juillet pour l’élection d’un nouveau président de la république malienne, le gouvernement actuel n’étant que transitoire.
Même si nos médias parlent à présent beaucoup moins de ces évènements, non seulement la situation est loin d’être réglée au Nord Mali, mais ce qui s’y passe risque d’avoir des conséquences graves pour tout l'espace sahélien. En effet, on craint que les islamistes et trafiquants en tous genres, à présent chassés du Mali, ne s’infiltrent dans les pays limitrophes, dont le Niger, et les transforment en nouvelle base de leurs activités terroristes.
Cette situation engendre malheureusement des tensions entre les différentes ethnies présentes au Niger comme au Mali. Des règlements de comptes ont eu lieu au Mali entre des Touareg et des Arabes, et on craint que des « appels à renfort » vers les pays limitrophes ne dégénèrent en une nouvelle source de conflit d’un côté de la frontière comme de l’autre.

NIGER

Deux attentats suicide viennent d’avoir lieu au Niger, l’un à Agadez, l’autre à Arlit. Ils ont fait 24 morst et des nombreux blessés, tous nigériens. Ce sont les premiers. On les attribue au MUJAO, groupe islamiste ouest-africain qui entend faire régner l’islam et la charia dans toute l’Afrique de l’Ouest. Malheureusement l’infiltration des groupes terroristes chassés du Mali semble être déjà en marche au Niger…...

La saison des pluies vient de commencer et les travaux des champs constituent à présent la priorité de beaucoup de Nigériens. Peut-être sera-t-elle une trêve bienfaisante dans cette période trouble, et apportera-t-elle une nouvelle volonté de paix face à un conflit qui risque à tout moment d’empoisonner les esprits.

Mon voyage au Niger du 20 mars au 18 avril 2013

Pour la troisième année consécutive, les mesures de sécurité actuellement en vigueur au Niger (qui reste déconseillé aux voyageurs) m’ont empêchée de quitter Niamey pour aller à Bagga et Tahoua. Mon séjour s’est donc, une fois de plus, limité à la capitale. J’ai respecté les consignes données par l’ambassade de France : éviter de quitter la maison sauf motif impératif, ne pas circuler la nuit, ne pas aller dans des endroits où il existe un risque d’enlèvement, n’accueillir à la maison que des visiteurs connus et dignes de confiance, rester en contact avec l’ambassade…etc. Et tout s’est bien passé !

La vie se déroule normalement à Niamey, mais il faut montrer patte blanche pour aller dans certains quartiers, comme celui de l’ambassade de France, de l’Ecole française, et le siège de certaines ONGs et grandes sociétés, qui sont protégés par des barricades et surveillés par la police nigérienne. Les seuls « blancs » que j’ai vus déambuler sur les trottoirs de la ville étaient en fait des… jaunes, des Chinois ! Ils sont à présent nombreux au Niger et apparemment ils ne craignent pas d’être pris en otage !

On croise à Niamey beaucoup de réfugiés qui ont fui le Mali. Pour survivre, certains essayent de vendre à un prix dérisoire la voiture avec laquelle ils sont venus, et qui est tout ce qui leur reste.

Mon mari et plusieurs membres de sa famille m’ont tenu compagnie, et grâce à des visiteurs j’ai pu avoir de vive voix des nouvelles de nos familles dans les campements.

La température avoisinait les 42 °C le jour, et baissait à peine la nuit, mais elle est restée en dessous des 45 °C que j’avais connus l’année dernière à la même époque. J’ai eu droit aux premiers orages de la saison, accompagnés de trombes d’eau qui ont déferlé sur tout le sud du pays. L’humidité aidant, la chaleur est devenue suffocante, les fréquentes coupures d’électricité rendant aléatoire le soulagement qu’apportaient nos brasseurs d’air et notre unique climatiseur. Mais j’ai échappé aux moustiques porteurs de la malaria, qui bientôt va faire des nombreuses victimes…

TAHOUA

Ici ce n’est pas seulement le courant électrique qui fait souvent et longtemps défaut, mais également l’eau du robinet. Les rares moments où elle coule, les gens font la queue avec des bidons pour faire des réserves qu’ensuite il s’agit d’utiliser avec parcimonie. On peut se demander ce qu’est devenu le forage offert par la France lors de la visite officielle du président Chirac en 2003 ? Apparemment il ne fonctionne plus…On nous a aussi dit qu’une coupure d’électricité prolongée avait été causée par une invasion de sauterelles qui se seraient posées en masse sur les câbles électriques de la ville, provoquant leur disfonctionnement. Vérité ou imagination ? C’était difficile à vérifier !

Les enseignants des écoles privées de Tahoua ont fait pendant plusieurs semaines une grève très suivie. Un élève a giflé le directeur de l’une de ces écoles et les enseignants de toutes les écoles ont manifesté leur mécontentement face à la montée des incivilités. Ils constatent le déclin de l’autorité des parents sur leurs enfants et un net relâchement de la discipline dans les établissements scolaires. Cette situation, que nous connaissons malheureusement depuis un certain temps dans nos pays occidentaux, est nouvelle ici où jusqu’à présent l’autorité des aînés, surtout celle des parents et des enseignants, était très respectée.
Nos trois candidats au BEPC, Albacharette, Adamou et Bila, ont révisé leurs cours à la maison et ils espèrent que cette grève ne va pas avoir des répercussions négatives sur le bon déroulement de leur examen prévu pour juin.
Les autres écoliers se préparent à passer les tests de passage dans la classe supérieure.

BAGGA

Un grand forage avait été construit il y a quelques années près de Bagga avec des fonds de l’Union Européenne. Il devait fournir de l’eau potable aux différents villages de cette région, mais il est le plus souvent en panne. Aussi les habitants de ces villages viennent-ils en masse, avec leurs chariots et leurs ânes, s’approvisionner en eau à la pompe Vergnet qui se trouve à l’entrée de notre verger. Cette pompe n’avait pas été prévue pour un usage aussi intensif et son bon fonctionnement en pâtit, aussi des fréquentes réparations sont-elles nécessaires. Madou (mon mari) a décidé de ne plus systématiquement la réparer afin d’inciter les gens à faire leurs provisions d’eau ailleurs qu’à cet endroit initialement prévu pour une population locale moins nombreuse.

Aussitôt après les premières pluies, haricots et arachides ont été plantés dans les jardins. Quant aux champs de mil de Bagga et Tiggart, ils devront d’abord être labourés en profondeur car l’accumulation des déjections produites par les troupeaux qui passent la saison sèche à cet endroit, a fini par former une croute qui asphyxie la terre. La location d’un tracteur sera nécessaire.

Les filleuls et les campements de brousse

A défaut d’avoir pu les voir, j’ai néanmoins eu des nouvelles détaillées de nos familles et de nos filleuls grâce aux visiteurs qui sont venus me saluer à Niamey, et aux téléphones portables dont à présent tous les campements sont pourvus. Tout le monde va bien ! Madou a même pu ramener des photos. Elles sont toutes visibles sur notre site internet dans la « galerie-photos ». Malheureusement certains filleuls manquent dans cette galerie, mais que leurs parrains/marraines se rassurent : ils sont en bonne santé.

L'école de brousse, déplacée à Tiggart, fonctionne avec une vingtaine d'élèves qui se relaient pour assister aux cours par demi-journée, l'autre demi-journée étant consacrée à la garde des animaux, chèvres, moutons et chameaux. Après l’arrivée de la saison des pluies les familles vont partir en transhumance et les écoliers seront en vacances, du moins en ce qui concerne les cours !

Plusieurs familles qui vivaient au Nord Mali et qui ont fui les combats, sont prises en charge dans les campements. Une femme est arrivée avec ses quatre enfants d'un camp de réfugiés qui se trouve à la frontière nigéro-malienne. Le père de famille a été enlevé par des islamistes, personne ne sait ce qu'il est devenu. Cette femme a témoigné de la difficile situation des gens qui vivent en brousse dans les zones de conflit, et dont personne ne parle. Les enfants sont fortement traumatisés par ce qu’ils ont vécu. L'ainé des enfants, un adolescent, ne s'en est pas remis et est mort deux jours après la prise en charge de la famille à Tiggart d’un mal qui n’a pas pu être défini.

Alors que nous arrivent des réfugiés du Mali, des nombreux Touareg qui étaient partis chercher du travail en Libye reviennent eux aussi au pays. Avant la guerre qui a causé la chute de Kadhafi, ils arrivaient à vivre décemment en Libye, et même à envoyer de l'argent à leurs familles. Ils dénoncent à présent des conditions de travail et de vie fortement dégradées, la hausse de tous les prix et également la hausse du racisme envers les Touareg, accusés d'avoir soutenu Kadhafi et profité de ses faveurs, et maintenant suspectés d’être des terroristes.

En novembre dernier un père de famille, Saraïdou, avait été victime d'un grave accident de chameau. Transporté à Tahoua dans le coma, ses multiples contusions ont pu être soignées et il est retourné chez lui en voie de guérison. Il a, depuis, retrouvé une mobilité normale. En décembre on nous a signalé un autre accident dont un adolescent était la victime. Grièvement blessé à la tête il est à présent, lui aussi, guéri.

Le 17 janvier m’est parvenue la triste nouvelle de la mort d'Abdous, qui était l’aïeul très respecté de la tribu. On ne connaissait pas son âge exact, mais on assurait qu'il avait beaucoup plus que cent ans, ce qui n'est certainement pas loin de la vérité. Il s’est éteint à Tiggart, entouré de sa grande famille. Avec Abdous disparait un témoin précieux, irremplaçable, de l'histoire des Kel Eghlal.

NOUVELLES DE L’ASSOCIATION

Un grand MERCI aux 75 membres qui ont payé leur cotisation 2013…et à ceux qui ne l’ont pas encore payée de ne pas oublier de le faire. Chaque cotisation est importante pour nous, car l’avenir est loin d’être rose !

Après la mort de Marlène il y a deux ans et celle d’Anita l’année dernière, TATIT vient de perdre à nouveau un membre, Frédéric, qui nous a été fidèle pendant de longues années également comme parrain.
Comme une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule, un autre parrain et une marraine, tous les deux en Autriche, ont décidé d’arrêter les versements qu’ils faisaient, l’un pour 1, l’autre pour 3 filleuls, en raison de difficultés financières. C’est un coup dur pour notre budget, qui, en cas de non-paiement, ne prévoit la prise en charge que de 2 parrainages pendant un maximum d’un an.
Un grand MERCI aux parrains et marraines de nos anciens étudiants à présent entrés dans la vie active, qui continuent à nous soutenir, ce qui évite à la caisse de TATIT une perte de revenus encore plus grande.

Il me tient à cœur de signaler un fait qui me révolte particulièrement. Tous les internautes savent que les arnaques sont nombreuses sur Internet, mais quand elles ont pour cible une association d’aide humanitaire, je trouve cela particulièrement lamentable.
Ainsi, pendant mon séjour au Niger, une personne a regardé attentivement notre site et a contacté TATIT pour proposer de soutenir nos projets par des dons importants. Elle se disait également prête à parrainer les six enfants dont le portrait figure actuellement sur le site…ce qui, dans le contexte actuel de nos parrainages, ne pouvait mieux tomber ! Cette personne prétendait avoir gagné une somme importante au loto et souhaitait faire profiter de ses gains des associations d’aide aux enfants dans le Tiers Monde. Je ne crois pas trop aux miracles, néanmoins tant qu’il subsiste un petit espoir qu’il puisse s’agir d’un désir bien réel, je réponds à ce genre de demande. J’ai donc contacté cette personne dès mon retour … mais à ce jour j’attends toujours un nouveau signe de vie et les chèques promis !
Je n’ai toujours pas compris le but de son geste, qui ne lui apportait rien, même pas une information dont elle aurait pu tirer profit, mais qui, par contre, a réduit à néant le petit espoir malgré tout présent de voir notre situation s’embellir grâce à elle !

Il y a quelques années déjà j’ai été contactée par un faux donateur auquel j’ai envoyé un RIB de notre compte pour qu’il puisse faire le virement promis. Heureusement pour TATIT cette personne avait été repérée par la banque suite à des manœuvres frauduleuses précédentes. Il s’agissait d’un informaticien capable de transférer de l’argent d’un autre compte sur le sien grâce au RIB de ce compte, ce que je ne pensais pas possible. L’escroc, qui changeait d’identité avec chaque nouvelle victime potentielle, s’est retrouvé en prison avant d’avoir pu nous nuire. Suite à cela le RIB qui figurait sur notre site internet a été effacé de la rubrique « Comment nous aider ».

Si un donateur potentiel nous contacte pour manifester son désir de virer un don sur notre compte et demande pour cela notre RIB, en principe destiné à cette opération, comment savoir, si nous ne connaissons pas cette personne, s’il s’agit d’une intention sincère ou d’une tentative escroquerie ? Peut-être l’un de nos membres pourra-t-il nous apporter une réponse !

Cordiales salutations à tous !

Danielle Kronenberger-Elhadji et tous nos amis touaregs au Niger